Catégories
Non classé

Vendredi 10 avril – Fenêtre sur cour, seizième : Le mystère de la chambre jaune

Depuis le début du confinement, le commissaire Martin Dumollier et ses collègues du Service départemental de police judiciaire du Val de Marne sont surchargés de travail. Les violences domestiques ont explosé et le trafic de masques contrefaits fait fureur, mais de toutes les affaires qu’ils ont à traiter, celle du mort de la cité Pierre et Marie Curie est la plus déroutante. 

Si étrange que la brigade l’a surnommée “Le mystère de la chambre jaune”, en référence au célèbre roman de Gaston Leroux.

Lorsque les premiers agents dépêchés sur place ont constaté le décès, ils ont d’abord pensé à un suicide. La victime, Jean-Noël Piquard, semblait s’être jetée de la fenêtre du huitième étage, avant d’atterrir sur la Clio de l’un des locataires de l’immeuble. 

Lorsqu’il a inspecté l’appartement, Dumollier a vite compris que cette hypothèse ne tenait pas la route. Ils n’ont trouvé aucune lettre de suicide. Un plat à réchauffer traînait encore dans le micro-ondes. Le couvert était dressé sur la table.

En outre, un foutoir magistral régnait sur le bureau installé sous la fenêtre d’où l’homme est tombé : paperasse éparpillée, ordinateur renversé, tasse de café brisée, alors que le reste du salon était impeccablement rangé. 

Comme si avant d’être précipitée dans les airs, la victime avait tenté de s’agripper au mobilier à proximité de la fenêtre. 

La thèse du suicide ne tient pas, il nous faut creuser celle de l’homicide”, a indiqué le commissaire à ses hommes.

Seulement voilà : l’appartement était verrouillé de l’intérieur. Les clés restées dans la serrure et le loquet de sécurité empêchaient quiconque de pénétrer, si bien que les pompiers furent contraints de démonter la porte pour permettre aux enquêteurs de faire leur travail.

Après une inspection minutieuse des lieux, Dumollier a interrogé les voisins – à bonne distance, sans ôter son masque de protection. Certains ont refusé de lui ouvrir, par peur de la contagion.
Ceux qui ont accepté de lui parler ont tous fourni les mêmes réponses – du moins, au début : “Je n’ai jamais vu cet homme”. Connais pas”. “Rien entendu”. “Désolé”.

Le troisième jour, pendant que son père répondait au téléphone, un enfant a néanmoins soufflé au commissaire :
– “Lui, c’était le monsieur que tout le monde détestait, parce qu’il laissait des mots méchants dans les boîtes aux lettres.

– Pourquoi ?
– Il trouvait qu’on n’était pas propres. Papa dit que c’était un raciste et un emmerdeur, mais je n’ai pas le droit de répéter les gros mots”.

Dumollier ne tarda pas à découvrir que les trois-quarts de l’immeuble avaient une dent contre Jean-Noël Piquard. Hakim, le concierge en charge de la tour, a précieusement conservé les avertissements régulièrement épinglés par celui-ci dans les parties communes.

– Je me suis toujours dit qu’un jour, cet homme aurait des problèmes et qu’il valait mieux garder ces mots, au cas où.
– Vous avez bien fait, monsieur.
– Vous pensez que quelqu’un d’ici l’a assassiné ?
– L’un des résidents était-il particulièrement en colère contre lui ? 
– Je peux pas vous dire. Piquard appelait la police quand les adolescents faisaient trop de bruit dans la cour, il dénonçait à la mairie ceux qui ne prenaient pas rendez-vous avec les encombrants, il grondait les mères laissant les poussettes dans le couloir… Il agaçait tout le monde. »

La tour de la victime compte quinze étages avec huit appartements par palier, soit près de 120 suspects potentiels. Sans compter les habitants des autres immeubles, également objet du harcèlement régulier de l’enquiquineur du huitième.

Confiné dans un appartement minuscule et surpeuplé, l’un des résidents a pu craquer et pousser Jean-Noël par la fenêtre. Mais comment expliquer que l’appartement soit verrouillé de l’intérieur ?

L’enquête du commissaire Dumollier s’annonce longue et laborieuse.
Pour couronner le tout, il vient de découvrir une allergie au gel hydroalcoolique.

2 réponses sur « Vendredi 10 avril – Fenêtre sur cour, seizième : Le mystère de la chambre jaune »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s